Interview Enseignement

Interview avec Hélène Goffart, enseignant de l’école Institut de la Sainte-Famille d’Helmet, Schaerbeek, Bruxelles

Nous sommes à l’ère de l’informatique, les technologies avancent rapidement. Beaucoup d’écoles ont à leur disposition des tableaux informatiques (TDI). Cette technologie, selon vous, aide-t-elle réellement les jeunes d’aujourd’hui à mieux comprendre et performer dans leur apprentissage scolaire ? Oui, je pense que ça aide qu’il y a de plus en plus de TBI et ça s’utilise beaucoup. Son aide bien à suivre et c’est double support pour les élèves ça les accroche plus aux cours. Vu que nous sommes beaucoup stimulés par les écrans (GSM, ordinateurs, tablettes, ). Le contact frontal avec les profs est parfois insuffisant, il y en a beaucoup d’étudiants qui décrochent cela permet de raccrocher et de varier les canaux d’informations parce qu’il y a ce que le prof dit y a des parfois des images ou des films. Ça maintient la tension quand elle fluctue.

De plus en plus de recherche a été faite, quelques écoles ont commencé à tester l’école via internet. Est-ce le cas de votre école ? Qu’en pensez-vous ? Cours de e-learning il n’y pas du tout. Ce qui existe, c’est l’application smartschool qu’on retrouve dans beaucoup d’écoles qui permet de retrouver ce qu’on a dans le journal de classe, les programmations des cours. L’interface n’est pas conviviale. Beaucoup de profs acceptent de communiquer avec les élèves via les réseaux sociaux ou ils ont des sites ou des programmes exprès pour les cours. Ce n’est pas fait par l’école, mais individuellement les profs le font.

Est-ce que certains élèves ont plus de difficulté avec cette technologie comparativement à d’autres ? Non généralement, c’est les professeurs qui ont des difficultés que les élèves.

Est-ce que ce type de formation pourrait être une solution au problème de gestion de classe que nous retrouvons de plus en plus dans les écoles ? (Par rapport au TBI) C’est plus au niveau de l’apprentissage même, malheureusement, je pense dans les groupes classes de 20 élèves quand il y a des professeurs débutants qu’il n’a pas l’expérience ou l’émotion. On peut très bien préparer un très bon cours, malheureusement, je pense que si ça ne fonctionne pas ça ne fonctionne pas. C’est deux réalités différentes.

Serait plus intéressant pour vous d’avoir plus de temps pour créer de nouvelle façon d’enseigner et activité plutôt que d’être dans une classe et à répéter les mêmes informations ? Quitte à diminuer le temps passé avec les élèves ? Est-ce que ce type d’apprentissage pourrait intéresser et capter plus l’attention des élèves ? Oui, ça se fait de plus en plus et à différents niveaux et là, je pense que l’outil informatique peut aider et je pense que ça se fait de plus en plus au Canada qu’ici d’ailleurs. C’est-à-dire on travaille plus sur des intelligences multiples sur le fait de travailler en intégration avec des élèves qui ont des problèmes dyscalculie , dysorthographie, dyslexie, des enfants qui ont un problème type syndrome d’Asperger , des enfants qui ont parfois un frein dans certains apprentissages et le fait de passer par d’autres canaux d’apprentissage, ça je pense que ça peut aider et oui c’est que ça peut aider et notamment des élèves qui ont des problèmes dysgraphiques peuvent travailler sur des tablettes durant les cours. On a des élèves « du style Yassine » qui ont des feuilles dans tous les sens justement l’outil informatique peut ranger automatiquement des choses comme ça. À ce niveau-là, c’est une bonne chose, et c’est une toute nouvelle manière d’appréhender le métier, effectivement les élèves qui ont des problèmes « x » peuvent maintenant demander les cours en PDF et de demander aux professeurs de les envoyés. Sa demande un apprentissage, tout le monde, n’est pas au point par rapport à ça, les professeurs sont parfois réticents et ça change leurs manières qu’ils ont.

C’est plus un apprentissage pour le professeur que l’élève ? Je pense que pour l’élève c’est plus instinctif parce qu’ils sont nés dedans. J’ai quarante ans, j’ai un âge moyen pour un prof. Mais je ne suis pas du tout née là-dedans.

Est-ce que cela pourrait être néfaste concernant les acquis sociaux des étudiants ? Alors je pense que toute façon, moi je donne des cours pratiques. Que de toute façon l’entièreté des cours à domicile ce n’est pas possible, ou alors peut-être en humanité générale quoique même il y a des cours d’éducations physiques un petit peu compliqués de faire la gym devant son écran ce n’est pas extrêmement motivant où nager dans sa baignoire, fin je ne sais pas comment on fait. Donc je pense que l’entièreté des cours ça ne sera pas possible, je pense aussi que ça demanderait une discipline personnelle, les cours e-learning que tous les élèves n’ont pas. C’est-à-dire, tu leur dis étudie par toi-même à la maison, y a des élèves qui font ça pour le jury-central ce genre de choses là y a des personnes auxquelles ça ne leur convient pas du tout ça me parait quand même d’aller vraiment loin peut-être de filmer les cours pour les revoir si on est plutôt quelqu’un d’auditif ou des choses comme ça pourrait être une bonne chose. J’ai du mal à imaginer qu’on puisse vraiment être complément chez soi pour recevoir les cours.

Explication de notre idée par à l’hologramme, aux capteurs, les parents. Oui alors je pense que ça serait un frein au niveau social parce qu’il y a énormément de choses qui se passe en interactions que ça soit dans la classe, dans la récréation, sur les temps de midi, le travail en binôme, mais pas que dans l’apprentissage scolaire, dans l’apprentissage social qui sont également fondamental pour les élèves et pour les enfants au niveau de la socialisation.

Avez-vous remarqué une différence dans l’apprentissage lorsque nous sortant d’un cadre magistral des cours classiques? Lorsque vous faites des jeux ou des activités de groupe par exemple. On insiste beaucoup pour faire des apprentissages qui ne sont justement pas magistraux, les deux ont de l’intérêt. Maintenant, apprendre uniquement par des mises en situation jeux sans faire un retour aux théoriques ça n’a pas de sens parce qui va intéresser l’élève c’est le jeu c’est clair. Mise en situation ce qui intéresse l’élève c’est de faire du théâtre, fin si on ne fait pas un parallèle avec de la matière théorique dans l’immédiat, on ne va nulle part. À côté ça, pour revenir aux différents canaux d’apprentissages c’est pas mal de varier de faire une cour magistrale, des cours pratiques à côté de ça faire un jeu ça permet de mettre en application ce qu’il a appris. Dans l’inverse s’il apprend tout par cœur et n’a pas compris. Donc l’un ne va pas sans l’autre. Ce sont différents canaux d’apprentissage qui se renforce mutuellement.

Nous savons qu’il y a plusieurs types d’apprenants, des étudiants plus auditifs ou visuels par exemple. Vous êtes-vous souvent dans votre carrière retrouvez face à des élèves ayant besoin d’autres techniques d’enseignement que ceux classiquement donnés vous forçant à sortir de votre zone de confort en termes d’enseignement? Exemple qui a besoin de toucher. Oui, moi je donne cours en technique de qualification, donc à priori plus quand en humanité générale, des élèves qui apprennent par leurs expériences, ils ont des stages ils ont besoin de voir les choses, quand on vient avec des concepts qui sont uniquement théoriques, ils sont souvent bien gentils ils ne disent pas qu’ils n’ont pas compris, mais après on le voit. Il faut passer par de la pratique.

En termes du pourcentage ? Non c’est variable d’une classe à l’autre et d’un cours à l’autre et parfois on explique et parfois on explique un truc théorique celui qui est à l’Ouest qui sort une question parfaitement pertinente et à tout à fait bien compris, ça dépend d’un jour à l’autre. Ça dépend de la théorie des prérequis d’élèves, je pense que beaucoup de choses qui sont au niveau compréhension, capacité d’abstraction qui ne sont pas du domaine de l’école, mais de ce que l’enfant a déjà acquis chez lui de la façon dont il vit, la façon dont il a été éduqué.

La Belgique étant de cultures diversifiées, est-ce arrivé de devoir revoir votre manière de donnée classe pour certains élèves requièrent des besoins spécifiques ?Alors, tout d’abord il y a la règle des 18 fois, quand on n’a pas répété 18 fois un truc aux élèves on peut s’attendre à ce qu’ils n’ont pas retenu ça c’est une première chose. Oui j’essaye de réexpliquer les choses, c’est intuitif souvent c’est difficile de comprendre comment un élève fonctionne. Je connais « Yasmina » je sais qu’il y avait des tas de choses que tu devais réécrire et pour les acquérir. Mais chacun a ses canaux d’apprentissage privilégié et doit trouver lui-même, ou les logopèdes neuropsychologue s’y mettent c’est des beaucoup de séances pour comprendre comment un élève fonctionne. Alors quand on à 20 en classe et gérer une matière c’est très compliqué de faire individuellement pour chacun. Du coup oui on essaye, mais en tant que professeurs c’est se mettre une mission impossible que ce dire on va trouver le canal d’apprentissage qui convient à chacun.

Adaptations intuitif ? En tant qu’humain on comprend comment fonctionne et s’adapter.
Y a des neuropsychologues et logopèdes qui se spécialise justement dans les outils informatiques spécifiques qui peuvent aider chaque élève en fonction de ses difficultés, mais donc c’est un travail individuel qui se fait sur de nombreuses séances pour tester ce qui convient pour chaque élève. Demander aux professeurs de s’adapter à ça, je pense que c’est faisable notamment en donner cours sous format informatiques, mais par contre lui demander à lui de faire un diagnostic pour chaque élève ça ce n’est pas possible. Ce n’est pas son métier.

Lorsque vous enseignez, vous avez nécessairement des étudiants comprenant la matière de manière différente. Lorsque vous devez répéter celle-ci cherchez-vous à modifier la façon que vous l’enseigner ? Explication orale, visuelle ou graphique ou geste.

Revenir aux 18 Fois, vous les formulez à chaque fois autrement ?
Oui de nouveau c’est intuitif, la chose que l’étudiant comprend très bien c’est vous n’avez rien à faire pour demain ou vous êtes licenciée ça il suffit d’une fois.

Quel type d’évaluation privilégiez-vous ? Pourquoi ? Moi je privilégie les évaluations certificatives plutôt que formatives quitte à dire « parfait je l’annule manifestement personne n’a rien compris et on refait une nouvelle interrogation », mais là c’est pour toucher la motivation de l’élève qui est fondamentalement plus importante que la compréhension de la matière voilà, il faut être honnête l’envie de l’élève c’est de réussir, mais tout ne l’intéresse pas tout le temps je pense qu’il y a des choses dans tous les cours qui l’intéresse et qui marque, mais pour avoir vraiment une connaissance de la matière il nécessite d’étudier comprendre et savoir ne s’est pas du tout la même chose. Et quand on dit c’est formatif souvent l’élève entend chouette je ne dois pas étudier. Alors par contre oral, écrit ça dépend un peu.

Faites-vous parfois des changements dans celle-ci ? Voyez-vous une différence de résultat ? Ah, mais si on veut mettre tout le monde en échec c’est très facile, c’est évident. De toute façon les vraies ou faux avec des phrases « tarabiscotées » et des doubles négations des trucs comme ça. Honnêtement pour moi c’est de la connerie finie, la seule chose qu’on évalue quand on fait c’est la capacité de l’élève à maîtriser le français et certainement pas la connaissance qu’il a du cours. Donc vraiment je déteste ce système d’évaluation. Je préfère beaucoup plus travailler via des questions ouvertes qui donnent une meilleure vision de ce que l’élève a compris ou pas. Donc oui ça je pense qu’effectivement on peut plus ou moins simplifié ou complexifier une évaluation sur la matière. À partir du moment où toute la classe présente la même évaluation ou lorsqu’on fait des interrogations orales avec des questionnaires différents et l’élève, tire au sort, ou prépare le questionnaire à l’avance. Là on est sur quelque chose d’objectif. Effectivement quand on interroge chaque élève dans la manière dont on a envie de l’interroger et qu’on n’a pas préparé à l’avance quelque chose d’égal pour tout le monde. Alors oui ça rentre dans quelque chose de partial qui n’est pas juste.

Voyez-vous des faiblesses dans notre projet quant à la révolution de l’enseignement ? Le coup, le fait qu’il y a toujours une inégalité sociale entre les étudiants qui va être probablement plus marquée. Qui se marque moins quand on arrive dans un bâtiment où finalement tout le monde est ensemble. Un élève qui n’a pas le chauffage chez lui et qu’en hiver il doit rester devant son ordinateur ça serait quand même violent. Je pense que c’est surtout ça serait un niveau social pas uniquement au niveau du bien-être, mais au niveau de l’apprentissage de la vie en groupe. Et alors avec toute les dérive que ça entraînent d’être finalement tout le temps dans les écrans aussi la concentration je ne suis pas sûr que tout le temps être stimuler par un écran n’est pas forcément une bonne chose. De toute façon aucun système n’est parfait.

Comment voyez-vous l’enseignement dans 10 ans ? Je ne sais pas bien, ils nous parlent beaucoup du pacte d’excellence qui pour le moment un quand même très flou. Je ne sais pas idéalement, moi j’aimerais bien un système qui aille vers beaucoup moins de redoublement. J’aime bien système suisse. Ils ont par classes de 24, à partir du moment où l’élève est en difficulté on le fait passer dans une classe 7, 8 élèves, mais qui travaille en parallèle pour avoir le même programme. Et si l’élève arrive à remonter, à ce moment-là des méthodes plus individualiser on le réoriente vers des classes moyennes. En Belgique aussi il y ce genre de système « PIA » les plans individualisés d’apprentissages, c’est les enfants qui ont des difficultés en première sont normalement mieux suivis en deuxième. Alors à 24 je ne sais pas très bien comment on fait. Ça dépend des écoles aussi, y en a-ils les gardent dans des classes et dit juste qu’il y a une Pilar et alors pendant le conseil de classe on regarde ce qu’on a fait. Ce n’est pas encore suffisamment au point, je pense qu’il y a une manière dont on donne les ressources financières qui ne sont peut-être pas très optimales ici en Belgique. On a supprimé le redoublement en 1 secondaire et puis j’entends les résultats en deuxième pour le CED1D qui sont catastrophiques, donc supprimer le redoublement de manière automatique comme ça n’est pas une solution. Je trouve qu’on retourne dans le travers, quand je disais que je préférais faire des interrogations certificatives l’élève de première à très bien compris si on lui dit tu ne redoubles pas c’est bon il ne fera rien. Et donc finalement cette motivation-là elle existe, mais en Belgique 70% des élèves sortent avec au moins une année de retard y a que 30% des élèves qui sortent à 18 ans à la fin des humanités ce n’est pas normal c’est trop. Là je suis titulaire d’une classe en 5 années, j’ai vu qu’il y avait une élève qui était née sur les 17 en 2002 donc qui était dans l’année de son âge. Quand j’ai discuté avec elle, elle me dit qu’elle commencé avec une d’avance et à doubler 1 fois. Même elle en faite à recommencer et c’est énorme y aucun élève qui aime recommencer. Alors on choisit parfois le redoublement en se disant ça va lui faire du bien ça va l’aider c’est souvent le cas, mais c’est très coûteux au niveau de l’enseignement et pas agréable au niveau de l’estime de soi, au niveau de la construction des études supérieures, mais si on termine à 21-22 ans, ça fait tard pour commencer des études supérieures donc voilà c’est surtout à ce niveau-là. Trouver des solutions qui soient réalistes adaptés, je ne sais pas si c’est la culture belge qui fait ça. Quand on n’est pas dans une menace de sanctions, on se laisse aller.

Pensez-vous que cette technologie pourrait remplacer votre métier ? Non je ne pense pas, non je ne crois pas. Je ne pense pas que la robotique va nous dépasser. Fin la manière dont je vois le futur je pense qu’on va aller vers une décroissance vers moins de technologie, car on n’y arrivera pas et même si dans une période de croissance alors je crois qu’on travaillerait probablement moins. D’une autre manière, mais ça ne remplacerait pas. Ça ne m’inquiète pas.

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