Lime, une vraie mobilité écologique ?

Article rédigé par Nina Dherte

©Lime Press

Il serait évidemment trop facile de répondre à cette question par un simple « oui » ou « non ». Si Lime nous assure que oui, d’autres nous prouvent parfois que non. Qu’en est-il alors ? Quelle conclusion la plus honnête peut-on tirer de ce nouveau moyen de transport par rapport à son impact sur l’environnement?

Dans un premier temps, on serait tenté de dire que oui, c’est écologique, du moins bien plus que la voiture. La société Lime mise beaucoup sur une communication tournée vers les bienfaits qu’ont leurs trottinettes sur l’environnement.

Simon De Muynck, Coordinateur au centre d’écologie urbaine asbl et Collaborateur scientifique à l’ULB, amène quelques éléments de réponses. Il affirme dans un premier temps qu’en termes de bruit, d’impact CO2 et d’odeur, les trottinettes sont évidemment bien meilleurs élèves que la voiture. De plus, elles attirent tout un tas de personnes qui auraient tendance à utiliser leur voiture pour effectuer seulement 1 ou 2 km. Grâce à Lime, on empêche un peu tout cela. Petit bémol à ces aspects positifs : le fait que Lime a commencé à se développer et a désormais plus de trottinettes dans les communes riches de Bruxelles (Uccle, Bruxelles centre,…), ce qui empêche en quelque sorte l’utilisation fréquente de ces trottinettes pour des individus résidant dans des zones moins touchées par le phénomène.

Catherine Morenville, Échevine de la mobilité, du stationnement, de l’urbanisme, des espaces publics, des voiries, de l’égalité des chances et des droits des femmes de la commune de Saint-Gilles, et Simon De Muynck relèvent le fait que les trottinettes électriques subissent, pour le moment, un effet de mode et que toutes les personnes qui les utilisent ne le font pas forcément dans un soucis écologique.

Mme Morenville est tout de même plus optimiste sur ce point. Elle considère qu’il y a une vraie prise de conscience de la part de la nouvelle génération au niveau des enjeux écologiques. De plus, nettement moins de jeunes obtiennent leur permis à Bruxelles et beaucoup d’entre eux n’ont pas forcément l’envie ou le besoin de le passer. Ils préfèrent alors les transports tels que la trottinette, le vélo ou encore les transports en commun.

La vraie demande des utilisateurs concerne les trajets de nuit et cette cette dernière ne trouve pas de réelle réponse avec les moyens de transports « classiques ». Lime arrive donc avec une offre nouvelle qui va permettre aux utilisateurs de louer des trottinettes à n’importe quelle heure (tant que ces dernières sont bien chargées).

L’Échevine de la commune de Saint-Gilles insiste sur le fait qu’en utilisant une trottinette électrique, les utilisateurs sont susceptibles de se rendre compte qu’ils peuvent se déplacer en ville sans polluer et que, en plus de cela, ils voyagent à l’air libre, ce qui rend le trajet plus sympa. Lorsqu’on prend conscience de ces deux aspects, on est automatiquement plus vite intéressé par des moyens de déplacements encore plus « verts » tel que le vélo par exemple.

 

Catherie Morenville lors de la Prestation de serment comme conseillère communale – Décembre 2012

Je considère qu’il y a une vraie prise de conscience de la part de la nouvelle génération au niveau des enjeux écologiques

Catherine Morenville

échevine de la mobilité de St-Gilles

 

Mais quelle est, finalement, la position de l’entreprise Lime par rapport à l’environnement ? Le groupe Lime se revendique à 100% neutre d’un point de vue de son empreinte carbone. En fonction de ce qu’elle consomme avec ses trottinettes lors de la production de ces dernières et du rechargement, Lime va planter des arbres pour contrer les effets néfastes imposés à l’environnement cités précédemment. Cette solution de plantation d’arbres a été évoquée lors d’un échange que nous avons pu avoir avec Romain Dekeyser, Directeur des opérations de Lime à Bruxelles, mais nous n’avons pas pu trouver plus d’informations à ce sujet lors de nos recherches.

À Bruxelles, aucune trottinette Lime n’a encore été recyclée car aucune n’est encore arrivée en fin de vie. M.Dekeyser a attiré notre attention sur le fait que Lime produit ses propres trottinettes (beaucoup de leurs concurrents ne les produisent pas eux-mêmes mais les achètent) et que les entrepôts dans lesquels elles sont produites, réparées et chargées doivent impérativement utiliser des énergies renouvelables. En effet, toutes les pièces sont recyclées quand elles ne peuvent pas ou plus être utilisées. Ils démontent alors complètement la trottinette et commencent à trier les pièces suivant celles qui fonctionnent et celles qui ne fonctionnent pas. Tout ce qui fonctionne va être réutilisé pour des réparations et tout ce qui ne fonctionne plus va être recyclé (le métal est fondu et le plastique est fondu puis réutilisé). Pour les batteries, c’est une autre histoire. Lime a des partenaires qui vont s’occuper uniquement du recyclage des batteries. En Belgique, Lime travaille avec Bebat.

 

Toutes ces actions sont menées dans le but d'un bilan carbone 100% neutre.

©Lime Lime Green

Romain Dekeyser affirme que les articles circulant à propos d’une durée de vie des trottinettes électriques gravitant autour des 28 jours ne sont pas applicables aux trottinettes Lime mais bien à la société Bird, par exemple. Les véhicules de la marque au citron vert sont, en effet, réparées afin d’être réutilisées par la suite.

Le groupe Lime a déployé depuis quelques mois en Amérique un programme « Lime Green » avec lequel il va participer à un projet solaire dans l’Iowa, acheter de l’électricité provenant de champs d’éoliennes au Texas et être à la tête de projets avec Native Energy, une ONG d’énergies renouvelables.

Les trottinettes Lime seraient-elles donc un moyen fun et écologique pour se déplacer en ville ? Pas si sûr…

Il y a, certes, plusieurs avantages et côtés écologiques au fait d’ utiliser les trottinettes électriques en ville. Le fait qu’elles soient moins polluantes que les voitures reste une affirmation indéniable. Cependant, beaucoup de côtés obscurs leur enlèvent la casquette de « sauveuses de la planète » et de moyen de transport « fun ».

 

En effet, les rechargeurs des trottinettes (appelés « Juicers ») sont encouragés par l’application de Lime à utiliser des véhicules très polluants afin de pouvoir ramener le plus de trottinettes possible pour les recharger à leurs domiciles. « Nous aimons particulièrement les camions, les camionnettes, les 4×4 et les grandes berlines ! » est une des phrases que l’on peut retrouver sur l’application. En plus de casser complètement leur image verte et éco-responsable, cette incitation à recourir à d’énormes véhicules installe une certaine compétition entre Juicers. Qui arrivera à ramener le plus grand nombre de trottinettes ? Qui gagnera le plus d’argent grâce à cette chasse aux Pokem…trottinettes ?

Catherine Morenville attire l’attention de tous sur le fait qu’une réflexion écologique ne s’arrête pas seulement à l’environnement mais qu’elle englobe aussi les conditions de travail des employés de la société.

On ne peut, en effet, pas nier que le modèle de Lime est mis en place afin de découper et segmenter toutes les compétences pour rentabiliser à tous les échelons. Nous n’assistons donc pas à un magnifique système coopératif. Les Juicers sont considérés comme des indépendants et ne bénéficient pas de tous les avantages d’un salarié.
De plus en plus de lois sont en train de se mettre en place petit à petit en réaction à ce nouveau moyen de déplacement arrivé dans plusieurs villes de manière assez inatendue. Du point de vue de Catherine Morenville, il y a encore un gros travail à faire en termes de réglementations pour la dimension sociale liée aux conditions de travail.

Il reste donc encore beaucoup de travail à fournir de la part de Lime pour essayer de reverdir le blason d’une société qui fournit déjà des efforts conséquents en termes d’écologie mais qui se tire assez vite une balle dans le pied avec des contradictions flagrantes dans leur mode de pensée écologique. De beaucoup plus gros efforts sont encore également à fournir en ce qui concerne le bien-être de leurs employés rechargeurs.

Du positif et du négatif donc pour une société qui, malgré tout, ne cesse de rouler sur la route du succès.

 

©Lyon Capitale

Webographie

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Disponible à l’adresse : https://www.lesechos.fr/industrie-services/tourisme-transport/lime-vise-un-bilan-carbone-neutre-pour-ses-trottinettes-et-ses-velos-141475

PEYCHIERAS, Jade, Il passe ses nuits à recharger vos trottinettes électriques contre rémunération, France Inter, le 31 octobre 2018, [Consulté le 18 mars 2018]
Disponible à l’adresse : https://www.franceinter.fr/economie/il-passe-ses-nuits-a-recharger-vos-trottinettes-electriques-contre-remuneration

SAPORTAET Isabelle HOARAU Leia, Écologie : les trottinettes électriques, une tendance pas si écolo, RTL, le 31 octobre 2018, [Consulté le 19 mars 2019]
Disponible à l’adresse : https://www.rtl.fr/actu/conso/ecologie-les-trottinettes-electriques-une-tendance-pas-si-ecolo-7795387841

DELIGLIA, Florent, Quand Lime encourage l’utilisation de 4×4 pour recharger ses trottinettes, Le 16 octobre 2018, [Consulté le 19 mars 2019]
Disponible à l’adresse : https://www.lyoncapitale.fr/actualite/quand-lime-encourage-l-utilisation-de-4×4-pour-recharger-ses-trottinettes/

SUN, Toby, Lime Green: A Commitment to Our Colors, le 9 octobre 2018, [Consulté le 22 mars 2019]
Disponible à l’adresse : https://www.li.me/blog/lime-green-commitment-to-our-colors

FEHRENBACHER, Katie, 10 questions for Lime’s head of sustainability, Andrew Savage, Le 20 novembre 2018, [Consulté le 22 mars 2019],
Disponible à l’adresse : https://www.greenbiz.com/article/10-questions-limes-head-sustainability-andrew-savage

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