En route vers l’autosuffisance alimentaire à Charleroi !

en route vers l'autosuffisance alimentaire à Charleroi

Halloin Chloé, Lambert Logane et Paulet Lia

L’autosuffisance alimentaire, c’est quoi?

En quelques mots l’autosuffisance, c’est la capacité de produire ce que l’on consomme en autonomie complète. Elle peut concerner un individu mais également un groupe d’individus ou une zone géographique. Il existe plusieurs types : énergétique, alimentaire, financière, etc. L’autosuffisance alimentaire est donc la possibilité physique de satisfaire ses besoins nutritifs en étant à la fois producteur et consommateur. Pour qu’une telle relocalisation de la consommation alimentaire soit possible, il faut que tous les acteurs soient engagés considérablement.

Nombreux sont les avantages qu’offrent l’autosuffisance alimentaire. En effet, outre le côté économique, les conséquences écologiques de cette conversion sont importantes ; l’empreinte carbone est diminuée, les produits consommés sont contrôlés et donc d’une qualité préférable et enfin l’autosuffisance garantit également une certaine sécurité alimentaire en cas de crise. Le principal inconvénient est l’effort demandé pour effectuer le changement. Il faut oublier ses habitudes, ce qui demande de l’investissement et du temps pour le réaliser. 

Pourquoi Charleroi? 

Maintenant que le principe d’autosuffisance alimentaire est clair, on peut se demander pourquoi la ville de Charleroi est-elle si intéressante pour ce concept. 

Depuis 2008 et pour l’horizon 2025, la ville investit énormément dans l’embellissement et le développement de celle-ci. Dans le cadre du projet de ville, Charleroi développe plusieurs initiatives dans le domaine de l’enseignement, le logement, l’inclusion sociale, les smarts cities, l’entrepreunariat, les actions sociales, … 

C’est donc dans ce projet que s’immisce à merveille cette idée d’autosuffisance alimentaire. Tout d’abord, car la ville souhaite renforcer la présence de la nature en ville. Par exemple, via des végétations durables spontanées qui nécessitent peu d’entretien et de développer tout un écosystème dans la ville. Ce souhait serait concrétisé par des infrastructures naturelles, de nouvelles plantations d’arbres, la plantation de 1000* arbres par an en collaboration avec les acteurs locaux, la valorisation des terrils et le point qui nous intéresse le plus pour la thématique qu’on aborde : la création de toitures végétales et de jardins collectifs. D’un point de vue alimentaire, le projet de la ville de Charleroi présente également des avantages au développement de l’autosuffisance alimentaire comme la valorisation de la vente de produits locaux lors des marchés et la transition des cantines et des restaurants sociaux vers une alimentation plus durable et biologique (consommation de viande, méthode d’agriculture, …).

Pour présenter l’argument prochain, il est utile de refaire un bon dans le temps. Après 1830, la ville de Charleroi s’est développée grâce aux gisements de charbon découverts à fleur de sol. C’est grâce à ces gisements que le pays noir a vu pousser de nombreuses entreprises de sidérurgie, de métallurgie et de production de verre. Malheureusement une partie de ces entreprises n’ont pas résisté à l’épreuve du temps et ont donc été laissée à l’abandon. C’est là que ça devient intéressant ! En effet, toutes ces zones désaffectées n’attendent qu’à être réhabilitées et à trouver une place dans ce nouveau chapitre que Charleroi est en train d’écrire. 

Ces grands terrains déserts peuvent avoir une seconde vie grâce à la création de fermes urbaines.

Pour toutes les raisons citées précédemment, on peut en conclure que Charleroi est la ville de prédilection pour initier le projet de l’autosuffisance alimentaire de par la volonté manifeste de la ville de changer et de devenir plus durable et également pour la réalité du terrain qui offre de nombreux terrains praticables.

Il est important de noter qu’un projet est déjà initié par la ville de Charleroi : « La ceinture alimentaire ». Les objectifs de ce projet sont de favoriser l’accès de tous à la nourriture biologique, re-localiser la production, développer une agriculture durable, créer une alliance entre les villes et la campagne et re-dynamiser l’économie locale. Ce projet de Ceinture alimentaire serait donc un point de départ idéal pour démarrer et se diriger doucement vers l’autosuffisance alimentaire.

Pourquoi une telle initiative ? Quels sont les objectifs ? 

Les objectifs de ce projet sont multiples. Tout d’abord, dans le contexte de saturation des terres cultivables et de l’explosion démographique, la production alimentaire devient un véritable défi. Les circuits courts privilégiant les produits locaux pourraient être une partie de la solution à la problématique dans la mesure où nous devrions doubler la production alimentaire mondiale d’ici 2050. L’autosuffisance alimentaire des villes serait donc également une forme de sécurité en cas de crise ou de pénurie alimentaire. 

Ensuite, la dimension écologique est évidemment très importante dans un tel projet. Si les villes produisent elles-mêmes ce qu’elles consomment, ou au moins  une partie de consommation, cela réduirait de manière considérable l’impact carbone lié au transport de la nourriture. Le circuit court assure également la qualité des produits et des fruits et légumes de saison. 

Une telle démarche s’inscrit donc parfaitement dans les projets de la ville de Charleroi décrits plus haut.

Il ne faut cependant pas oublier que l’autosuffisance alimentaire est une idylle vers laquelle les villes souhaitent tendre. Il s’agit d’un long parcours,qui demande des investissements considérables en terme de temps, d’entretien et évidemment d’investissements financiers. 

Avec qui réalisera-t-on ce projet? 

L’exécution de ce projet pourrait être menée par plusieurs types d’acteurs. Nous avons tout d’abord les pouvoirs publics qui permettront de financer et de mettre en place correctement le plan d’action en décidant des principaux axes d’opération. On y compte ici la Région Wallonne, la ville de Charleroi et la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ensuite, les différents producteurs qui vont aider à mener à bien le projet en s’engageant activement à subvenir aux besoins de chacun. On parle ici des ASBL, de SAW-B (Solidarité des alternatives wallonnes et bruxelloises, qui est une Fédération d’économie sociale), des fermes mais également des citoyens qui souhaitent produire leurs propres consommations.

Nous pouvons également compter sur l’aide de la Ceinture Alimentaire qui pourra accompagner le projet tant en organisant des formations qu’en aidant sur le terrain.

Et enfin, il y a tous les distributeurs et consommateurs qui s’assureront de concrétiser sérieusement le projet en préférant manger des produits locaux plutôt que d’attendre que leurs nourritures parcourent des milliers de kilomètres avant d’atterrir dans leurs assiettes. Ici, il y aura tous les citoyens (les habitants actuels, futurs, les touristes) .

Sous quelle forme le projet va-t-il mûrir? 

Les interfaces hommes/machines : 

Pour mettre en place ce projet et pour que tous les acteurs puissent y contribuer, une application va être développée. Cette application contiendrait plusieurs fonctionnalités comme le fait de pouvoir consulter et analyser les données récoltées dans les fermes urbaines grâce aux capteurs présents dans les cultures. Les citoyens et les participants aux projets se sentiront donc plus impliqués dans le développement du projet.

L’application permettra également aux Carolorégiens de pouvoir participer à la culture des denrées en donnant du temps et de la main d’oeuvre supplémentaire. Grâce à l’application, la personne intéressée de s’investir plus physiquement dans le projet pourra également s’inscrire aux créneaux qui lui convient dans le calendrier des différentes travaux agricoles.

La principale fonctionnalité de l’application sera un outil pour que les citoyens achètent leurs denrées alimentaires via la boutique en ligne de la ville tandis que de l’autre côté de l’écran, les producteurs auront accès à un outil de gestion des stocks. 

Cet outil de supply chain permettra aux habitants de faire leurs courses tout en étant informés des quantités restantes en temps réel.

Pour pouvoir utiliser l’application, le consommateur devra fournir quelques informations indispensables pour la prestation du service de livraison comme le nom, le prénom, l’adresse, le numéro de téléphone et l’adresse e-mail. Toutes informations données sont soumises aux RGPD.

Pour garder la même optique de collaboration et d’activité locale, le développement de l’interface sera réalisé par les habitants de Charleroi. La ville contient assez de talents que pour devoir aller chercher ailleurs.

C’est pour cela qu’un appel d’offre sous forme d’un hackathon va être réalisé. En effet, cet hackathon aura différents objectifs avant d’aboutir à la finalisation de l’application. L’évènement permettra aux habitants volontaires de découvrir plus en profondeur le projet, de créer des relations, de se challenger sur un projet qui les concernent, pour certains, découvrir le monde du développement web et pour les vainqueurs, un contrat avec la ville pour la création de ladite application.

Chaque équipe se devra d’être hétéroclite en terme de compétences et sera jugée par une assemblée de professionnels et d’habitants également.

Les enjeux sociétaux et économiques : 

Nous devons réfléchir à la manière de réorienter les citoyens vers de nouveaux emplois dans les jardins, mais aussi dans les épiceries locales et dans notre service de livraison à vélo. 

Le but de ce grand projet est que la ville de Charleroi devienne autosuffisante, cependant il s’agit d’un objectif encore très lointain. Pour être réaliste, il faut imaginer une transition douce pour la ville et ses citoyens. Les grandes surfaces ont actuellement toujours leur place dans la ville et ces magasins ont besoin d’employés. Nous diminuerons petit à petit les surfaces des supermarchés au profit de magasins locaux qui vendent les produits issus de circuits courts. Nous proposerons également des formations afin de réorienter les citoyens qui le souhaitent vers le travail dans les jardins et nous engagerons des livreurs à vélos pour notre service de livraison à domicile proposé sur l’application. 

Le modèle économique sous-jacent de notre projet est un modèle collaboratif, en effet nous désirons faire travailler main dans la main les citoyens et les producteurs.

Des questions pour pousser la réflexion

  • Les habitants de Charleroi seront-ils prêts à modifier leurs habitudes de consommation?
  • La diversité des denrées alimentaires sera-t-elle assez variée pour que les habitants ne soit pas lassés?
  • N’est-ce pas une utopie de penser qu’une autosuffisance alimentaire parfaite existe?

Pour aller plus loin…

Si nous imaginons que l’autosuffisance alimentaire devient efficiente et prospère, de nouvelles opportunités peuvent se présenter à la ville pour assurer des revenus.

Les cultures peuvent générer des revenus dans plus de secteurs qu’on ne pourrait le croire. Ces revenus pourront par la suite soutenir les actions sociales de la ville.

Mais quels sont ces revenus dont on parle?

Dans un premier temps, la vente du surplus pourra générer des revenus supplémentaires.

Les cultures peuvent avoir un but pédagogique pour les écoles. En effet, des ateliers peuvent être organisés pour sensibiliser les élèves aux questions de l’environnement, pour assurer une meilleur hygiène de vie aux habitants, … À plus grande échelle, des classes vertes pourront également avoir lieu.

Ensuite, pour développer l’aspect social du projet, certaines cultures pourraient devenir des ateliers protégés et donc accueillir des personnes isolées socialement, des personnes en situation de handicap, …

Glossaire:

  • Autosuffisance alimentaire : Possibilité pour un pays de subvenir aux besoins alimentaires de son peuple par sa seule et propre production
  • Smart city : ville utilisant les technologies de l’information et de la communication (TIC) pour « améliorer » la qualité des services urbains ou encore réduire ses coûts
  • Végétation spontanée : herbes folles
  • Écosystème : un ensemble formé par une communauté d’êtres vivants en interrelation (biocénose) avec son environnement (biotope)
  • Terrils : Grand tas de déblais au voisinage d’une mine.
  • Pays noir : surnom donné au Pays de Charleroi en référence à ses mines de charbon
  • Ferme urbaine :  une forme émergente ou réémergente de pratiques agricoles effectuées en ville
  • Explosion démographique : un accroissement démographique très élevé et donc très rapide de la population.
  • Circuit court : le circuit de distribution dans lequel intervient au maximum un intermédiaire entre le producteur et le consommateur
  • Supply chain : Chaîne d’approvisionnement
  • RGPD : nouveau règlement européen sur la protection des données
  • Hackathon : Événement au cours duquel des spécialistes se réunissent durant plusieurs jours autour d’un projet collaboratif de programmation informatique ou de création numérique.

Crédits photos

  • Freepik @grivina

Sources:

Devenir-autosuffisant.fr [en ligne]. [Consulté le 23/02]. Disponible à l’adresse : https://devenir-autosuffisant.fr/autosuffisance-alimentaire/

RAHBI, Pierre. Les enjeux de l’autosuffisance alimentaire. Dans : Visioconférence qui s’inscrit dans le cadre des Rencontres Agroécologiques [en ligne]. Campus du Moufia, Saint-Denis : Arterre, 24/11/2011. [Consulté le 20/3/2020]. Disponible à l’adresse : https://amis-univ-reunion.fr/sites/default/files/images/dossier_images/Les%20enjeux%20de%20l%27autosuffisance%20alimentaire.pdf

DARWIN ÉCO-SYSTÈME. L’autosuffisance alimentaire des villes : utopie ou réalité ? [en ligne]. Dans : VERTIGOLAB. Vertigo Lab – Économie & Environnement [en ligne]. 2020. [Consulté le 20/03/2020]. Disponible à l’adresse : http://vertigolab.eu/lautosuffisance-alimentaire-villes-utopie-realite/

HOTEL DE VILLE DE CHARLEROI. Projet de ville [en ligne]. Dans : CHARLEROI. Homepage l Ville de Charleroi [en ligne]. 2020. [Consulté le 20/03/2020]. Disponible à l’adresse : https://www.charleroi.be/vie-communale/projet-de-ville?fbclid=IwAR2a3zZAOy6F3_bAeWMt6KVIOEwS-WVbP0ghYVerBlxkhaJjRpdK_YA5nu8

WIKIPEDIA. Charleroi [en ligne]. Dans : WIKIPEDIA. Wikipédia, l’encyclopédie libre. [en ligne]. Dernière révision : 15 mars 2020. Consulté le 20/03/2020]. Disponible à l’adresse : https://fr.wikipedia.org/wiki/Charleroi

CHARLOT, Antoine. La nature au coeur de la ville. Vraiment Durable {en ligne}. 2014, 1-2, n°5/6, p.191-200. {Consulté le 12.02.2020}. Disponible à l’adresse : https://www.cairn.info/revue- vraiment-durable-2014-1-page-191.htm

BOUGHRIET, Rachida. Vers l’autosuffisance alimentaire des villes?. Dans Actu-Environnement {en ligne}. 04.11.2013 {Consulté le 12.02.2020}. Disponible à l’adresse : https://www.actu- environnement.com/ae/dossiers/ville-demain/ville-autosuffisante.php

LE HUB SMART CITY. Smart City et autosuffisance alimentaire : utopie ou réalité. Dans Le Hub Smart City {en ligne}. 31.10.2017, mis à jour le : 01.04.2019. {Consulté le 12.02.2020}. Disponible à l’adresse : https://hub-smartcity.com/nos-articles/environnement/smart-city-et-autosuffisance-alimentaire-utopie-ou-realite